Interview Frédéric Faivre : quel outil IA gratuit pour quel besoin ?

Interview de Frédéric Faivre – Carrefour de l’IA 2026

Frédéric Faivre, Fondateur / CEO d’AI Fever, animera l’atelier « Quel outil IA gratuit pour quel besoin ? » lors du Carrefour de l’IA 2026. Face à une offre d’outils toujours plus vaste, il répond à une question très concrète pour les professionnels.

Face à la multiplication des outils, comment identifier ceux qui répondent vraiment à ses besoins ?

Je commence toujours par retourner la question. On part de l’outil parce que c’est ce dont tout le monde parle, alors qu’il faudrait partir de sa semaine de travail. Quelles sont les 3 ou 4 tâches qui me prennent le plus de temps, ou celles que je fais mal, faute de temps ? Une fois cette liste posée, le tri se fait presque tout seul.

Mon conseil est simple : choisissez un outil principal, celui avec lequel vous allez vraiment travailler au quotidien, et apprenez à le maîtriser à fond. Étudiez toutes les fonctionnalités. Ensuite, ajoutez-en un ou deux en complément, pour des usages précis. Sur plus de 2 000 professionnels formés, je constate que ceux qui progressent le plus vite ne sont pas ceux qui testent tout, ce sont ceux qui ont creusé quelques outils jusqu’à en faire de vrais « collègues » de travail, « coworker » comme on dit dans l’IA.

Des associations « besoin → outil » auxquelles on ne pense pas spontanément ?

Oui, et c’est souvent là que se trouve la vraie valeur.

  • Pour rechercher de l’information, beaucoup ouvrent ChatGPT comme un moteur de recherche. Pour une veille sourcée, Perplexity ou les modes de recherche approfondie sont bien plus fiables, parce qu’ils citent leurs sources et qu’on peut vérifier. C’est essentiel de toujours bien vérifier !
  • Pour analyser des documents longs (un appel d’offres, un rapport annuel, un contrat), NotebookLM de Google est sous-estimé. On lui confie ses documents, et il ne répond qu’à partir d’eux. Moins d’inventions, plus de précision.
  • Pour rédiger, on pense au premier jet. Je recommande plutôt d’utiliser l’IA comme contradicteur : on écrit soi-même, puis on demande à Claude par exemple de jouer le client exigeant ou le directeur sceptique. Le texte reste le vôtre et il devient meilleur.

Les versions gratuites suffisent-elles pour un usage professionnel ?

Pour découvrir, oui. Pour travailler, rarement.

Les limites sont d’abord pratiques : quotas de messages vite atteints, accès restreint aux modèles les plus performants, peu ou pas de fonctionnalités avancées (projets, agents, Skills, connexion à ses outils). Mais le vrai sujet, c’est la confidentialité. Sur les offres grand public, et notamment gratuites, vos échanges peuvent, selon les réglages, servir à entraîner les modèles. Il faut aller vérifier ces paramètres, et surtout ne jamais y coller de données clients, de chiffres internes ou d’informations personnelles. Vous n’avez pas vraiment de contrat, à part les CGU.

Pour une entreprise, la bonne réponse passe par les offres professionnelles (Team, Enterprise ou équivalent), qui apportent un cadre contractuel, une administration centralisée et des garanties sur l’usage des données. Et une règle interne claire vaut mieux que l’interdiction : quand on interdit, les équipes utilisent quand même l’IA, simplement en cachette sur leurs comptes personnels (ce que l’on appelle le « Shadow IA »).

L’erreur la plus fréquente, et comment l’atelier aide à mieux choisir ?

L’erreur la plus fréquente, c’est de juger un outil sur un seul essai. On pose une question vague, on obtient une réponse moyenne, et on conclut que « l’IA, ça ne marche pas » ou que tel outil est meilleur que tel autre. En réalité, on a surtout testé sa propre façon de demander.

La deuxième erreur, c’est de suivre la mode : on choisit l’outil dont tout le monde parle sur LinkedIn cette semaine. Résultat, on accumule les abonnements et on produit ce que j’appelle de l’« AI slop », des contenus génériques que n’importe qui aurait pu obtenir.

Dans l’atelier, je traite de cas réels rencontrés en entreprise. Chacun pourra poser ses questions sur ses cas d’usage, on les teste en direct sur plusieurs outils, avec une méthode de formulation solide de prompt, et on compare les résultats.

Une méthode simple : quels sont les premiers critères ?

Je propose 5 questions, dans cet ordre :

  1. Quelle tâche précisément ? Rédiger, chercher, analyser, créer du visuel, automatiser. Un besoin flou donne un choix flou.
  2. Quelles données vont passer dans l’outil ? Si elles sont sensibles, la question de la confidentialité devient prioritaire avant toute autre.
  3. Où se trouve déjà mon travail ? Si toute l’entreprise est sur Microsoft 365, Copilot a un avantage naturel. Si elle vit dans Google Workspace, Gemini aussi. L’intégration compte souvent plus que la performance brute.
  4. Puis-je vérifier ce qu’il produit ? Pour tout ce qui touche à des faits, je privilégie les outils qui citent leurs sources.
  5. Est-ce que je vais l’utiliser souvent ? Un outil qu’on ouvre une fois par mois ne justifie ni un abonnement ni un temps d’apprentissage.

Et une dernière règle : testez sur une vraie tâche, avec une vraie exigence, sur un vrai sujet que vous maîtrisez. L’IA ne vaut que ce qu’on attend d’elle.

— Frédéric Faivre, Fondateur / CEO, AI Fever

Pour aller plus loin

Retrouvez tous les contenus du Carrefour de l’IA 2026 dans la rubrique Actualités et le programme complet.

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